{"id":1222,"date":"2018-02-20T17:00:52","date_gmt":"2018-02-20T17:00:52","guid":{"rendered":"https:\/\/afmc.ca\/phprimer\/?page_id=1222"},"modified":"2024-06-28T14:37:02","modified_gmt":"2024-06-28T14:37:02","slug":"chapitre-1-les-concepts-de-la-sante-et-de-la-maladie","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-i\/chapitre-1\/","title":{"rendered":"Chapitre 1 Les concepts de la sant\u00e9 et de la maladie"},"content":{"rendered":"<div class=\"prelude\">\n<p><strong>Apr\u00e8s avoir achev\u00e9 ce chapitre, le lecteur sera en mesure :<\/strong><\/p>\n<p>1. de d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9volution de la <a href=\"#_portee\">port\u00e9e de la m\u00e9decine contemporaine<\/a>;<\/p>\n<p>2. de d\u00e9finir et de d\u00e9crire les concepts de la <a href=\"#defsant\">sant\u00e9<\/a>, du <a href=\"#mieux\">mieux-\u00eatre<\/a>, de la <a href=\"#malres\">maladie ressentie (illness), de la maladie diagnostiqu\u00e9e (disease) et de la maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social (sickness)<\/a>;<\/p>\n<p>3. de distinguer entre les concepts\u00a0<a href=\"#_ICIDH\"><em>d\u00e9ficiences, incapacit\u00e9s et d\u00e9savantages<\/em><\/a>;<\/p>\n<p>4. d\u2019aborder les concepts du parcours de vie et de l&rsquo;<a href=\"#histnat\">histoire naturelle des maladies<\/a>, particuli\u00e8rement en ce qui concerne les interventions possibles en sant\u00e9 publique et sur le plan clinique;<\/p>\n<p>5. de d\u00e9crire le champ de la <a href=\"#intmed\">m\u00e9decine int\u00e9grative<\/a>;<\/p>\n<p>6. de d\u00e9crire comment les d\u00e9terminants m\u00e9dicaux, sociaux et spirituels de la sant\u00e9 et du mieux-\u00eatre des <a href=\"#indigenous\">membres des membres des Premi\u00e8res Nations, des Inuits et des M\u00e9tis<\/a> influent sur leur sant\u00e9.<\/p>\n<div><span lang=\"FR-CA\">Ces connaissances s\u2019adressent aux objectifs d\u2019examen <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/\/objectifs-du-cmc-et-canmeds\/\">du Conseil m\u00e9dical du Canada<\/a>, notamment le chapitre 78-1, puis section 78-9 pour ce qui a trait \u00e0 la sant\u00e9 des peuples autochtones. <\/span><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"prelude\">\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>\u00c0 noter<\/strong> : les cases color\u00e9es contiennent des informations suppl\u00e9mentaires facultatives ;<br \/>\ncliquez sur la bo\u00eete pour l\u2019ouvrir.<br \/>\nLes mots en MAJUSCULES sont d\u00e9finis dans le Glossaire.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"case-study\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#douleurthoracique\">Douleur thoracique \u2013 maladie ou sympt\u00f4me?<\/h3>\n<div id=\"douleurthoracique\" class=\"collapse\">Paul Richard consulte le D<sup>r<\/sup> Rao au sujet de sa sant\u00e9. Il ne s\u2019est pas vraiment senti bien depuis qu&rsquo;il a perdu son emploi il y a six mois. Il se plaint aujourd\u2019hui de fatigue et de douleur thoracique, et le D<sup>r<\/sup> Rao soup\u00e7onne une angine de poitrine. Le docteur r\u00e9fl\u00e9chit. Il examinera certainement la douleur thoracique, mais il est d&rsquo;avis que la perte d&#8217;emploi de Paul est la cause principale de sa mauvaise sant\u00e9, et que le meilleur traitement serait un nouvel emploi. Cependant, ce n&rsquo;est pas une chose que le D<sup>r<\/sup> Rao peut prescrire. Il pourrait orienter Paul vers une th\u00e9rapie sociale ou psychologique, mais il n&rsquo;est pas certain que cela serait efficace. Selon lui, un passe-temps ou du b\u00e9n\u00e9volat pourrait aider Paul \u00e0 penser \u00e0 autre chose qu\u2019\u00e0 ses sympt\u00f4mes et donner un deuxi\u00e8me souffle \u00e0 sa vie.<\/div>\n<\/div>\n<h2><a id=\"_portee\"><\/a>Introduction : la m\u00e9decine, un domaine dont la port\u00e9e s\u2019\u00e9largit<\/h2>\n<p>Au cours des 50 derni\u00e8res ann\u00e9es, la long\u00e9vit\u00e9, la sant\u00e9 et le mieux-\u00eatre de la population canadienne ont fait des gains sans pr\u00e9c\u00e9dent. L\u2019assainissement de l&rsquo;environnement, les politiques de sant\u00e9, l\u2019\u00e9volution des modes de vie et les perc\u00e9es th\u00e9rapeutiques ont contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de la dur\u00e9e et de la qualit\u00e9 de la vie. Il est aujourd&rsquo;hui tr\u00e8s possible d&rsquo;\u00eatre octog\u00e9naire.<\/p>\n<div class=\"illustrative\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a2\">La sant\u00e9 s\u2019am\u00e9liore au Canada<\/h3>\n<div id=\"a2\" class=\"collapse\">\n<p>Les taux de mortalit\u00e9 sont en baisse depuis de nombreuses ann\u00e9es. Avec une correction statistique pour la hausse de l&rsquo;\u00e2ge moyen de la population, la mortalit\u00e9 au Canada, toutes causes confondues, est pass\u00e9e <span lang=\"FR\">de 8,8 d\u00e9c\u00e8s p.\u00a0<\/span><span lang=\"FR-CA\">1 000 habitants en 1950 \u00e0 7,0 en 1985, ensuite augmentant \u00e0 7,9 en 2023. <a href=\"https:\/\/www.macrotrends.net\/countries\/CAN\/canada\/death-rate\">Des projections<\/a> sugg\u00e8rent un taux de 10,5 en 2050.<\/span><span lang=\"FR-CA\">\u00a0Cependant, l\u2019\u00e2ge moyen au d\u00e9c\u00e8s augmente et la mortalit\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9e <\/span>(les d\u00e9c\u00e8s chez les personnes de moins de 75 ans) est pass\u00e9e de 5,4 ann\u00e9es de vie potentielle perdues p. 1 000 en 1981 \u00e0 2,8 en 2013.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l&rsquo;esp\u00e9rance de vie, soit le nombre d&rsquo;ann\u00e9es qu&rsquo;un nouveau-n\u00e9 canadien peut s\u2019attendre \u00e0 vivre, est en hausse. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie \u00e0 la naissance est pass\u00e9e d&rsquo;environ 71 ans en 1961, <span lang=\"FR\">\u00e0 pr\u00e8s de 79 ans en 1996, <a href=\"https:\/\/www150.statcan.gc.ca\/t1\/tbl1\/en\/tv.action?pid=1310083701\">ensuite \u00e0 82 ans en 2019<\/a>.\u00a0<\/span><\/p>\n<p><span lang=\"FR\">\u00c9tant donn\u00e9 que les nouveau-n\u00e9s d\u00e9pendent enti\u00e8rement d\u2019un environnement favorable, la sant\u00e9 des nourrissons fournit un bon indicateur\u00a0des conditions \u00e9conomiques et sociales g\u00e9n\u00e9rales, y compris la qualit\u00e9 des services de sant\u00e9. Le taux de mortalit\u00e9 infantile au Canada est en baisse depuis 50 ans. En 1982, il y avait 9,1 d\u00e9c\u00e8s de nourrissons p. 1 000 naissances vivantes. Ce taux \u00e9tait de 5,6 en 1996 et se situait \u00e0 environ 4,4 en 2021. Malgr\u00e9 cette baisse impressionnante, ce chiffre situe le Canada loin derri\u00e8re certains autres pays industrialis\u00e9s, tels que <span style=\"font-size: revert;\">la France, \u00e0 2,7 ou le Japon, le champion dans cette cat\u00e9gorie, qui ne d\u00e9clare que 1,6 d\u00e9c\u00e8s p.\u00a01\u00a0000 naissances vivantes en 2022.<\/span><\/span><\/p>\n<div><\/div>\n<p>Parmi les autres tendances en mati\u00e8re de sant\u00e9, on retrouve les suivantes :<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span lang=\"FR-CA\">La <a href=\"http:\/\/www.cancer.ca\/fr-ca\/about-us\/for-media\/media-releases\/national\/2017\/canadian-cancer-statistics-media-fact-sheet\/?region=on\">Soci\u00e9t\u00e9 canadienne du cancer<\/a> a r\u00e9sum\u00e9 les tendances du cancer en 2022. Le cancer<\/span> repr\u00e9sente la premi\u00e8re cause de mortalit\u00e9 au Canada, mais la survie a augment\u00e9. Environ un Canadien sur deux sera diagnostiqu\u00e9 avec un cancer pendant sa vie et 1 sur 4 en mourra, <span lang=\"FR-CA\">soit environ 81 000 d\u00e9c\u00e8s en 2022. <\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span style=\"font-weight: 400;\">Bien qu\u2019en baisse constante, le cancer du poumon reste globalement la forme la plus diagnostiqu\u00e9e (environ 30 000 nouveaux cas et 20 700 d\u00e9c\u00e8s en 2022), suivi du cancer du sein (28 900 nouveaux cas et 5 500 d\u00e9c\u00e8s) et de la prostate (24 600 cas, dont 4 600 d\u00e9c\u00e8s). Les taux d&rsquo;incidence de la plupart des cancers sont en d\u00e9clin, mais<\/span>\u00a0le nombre croissant de personnes \u00e2g\u00e9es implique que le nombre absolu de cas va augmenter et avec cela, la demande pour les services de soins.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Gr\u00e2ce \u00e0 une combinaison<span lang=\"FR\">\u00a0de\u00a0<\/span><span lang=\"FR\">changement d\u2019habitudes<\/span><span lang=\"FR\">, de mesures pr\u00e9ventives et d\u2019am\u00e9liorations de<\/span><span lang=\"FR\"> traitement ont r\u00e9duit \u00e0 la fois l\u2019incidence et les taux de mortalit\u00e9 des maladies cardiovasculaires. Environ 20 % de tous les d\u00e9c\u00e8s (environ 54 000 par an) sont d\u00e9sormais attribu\u00e9s aux maladies cardiovasculaires. Mais ces maladies touchent des personnes relativement jeunes et ainsi elles constituent la principale cause d\u2019ann\u00e9es de vie perdues en raison de mortalit\u00e9 pr\u00e9matur\u00e9e. Bien que l\u2019incidence des maladies cardiaques ait continu\u00e9 de diminuer, le vieillissement de la population signifie que le nombre total de cas a l\u00e9g\u00e8rement augment\u00e9, notamment pendant la pand\u00e9mie de COVID.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\"><span lang=\"FR-CA\">L\u2019incidence du diab\u00e8te a augment\u00e9 au cours des 20 derni\u00e8res ann\u00e9es, mais les taux de mortalit\u00e9 ont fluctu\u00e9 pendant 50 ans sans tendance claire. Cet effet est vraisemblablement\u00a0<\/span><span lang=\"FR-CA\">d\u00fb <\/span><span lang=\"FR-CA\">\u00e0 des am\u00e9liorations dans la gestion de la maladie oppos\u00e9es par des augmentations de facteurs de risque tels que l\u2019ob\u00e9sit\u00e9.\u00a0 \u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Les d\u00e9c\u00e8s dus aux maladies respiratoires sont pass\u00e9s de 60 p. 100 000 habitants en 1960 \u00e0 moins de 40 p. 100 000 habitants en 2009, principalement en raison des meilleures conditions de travail et des taux r\u00e9duits de tabagisme. Mais l&rsquo;impact <span lang=\"FR\">du COVID a invers\u00e9 le d\u00e9clin.\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Les homicides sont pass\u00e9s de 2,3 p. 100 000 habitants en 1981 \u00e0 1,7 en 2015. Les d\u00e9c\u00e8s dus au suicide varient, mais ont connu une hausse de 3,5 p. 100 000 habitants en 1960 \u00e0 11,8 p. 100\u00a0000\u00a0habitants en 2019. L\u2019impact du COVID a caus\u00e9 une augmentation des id\u00e9es suicidaires, mais les chiffres d\u00e9finitifs ne sont pas encore disponibles.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Malgr\u00e9 le nombre croissant de v\u00e9hicules, le nombre de d\u00e9c\u00e8s annuels dus aux accidents de la route a baiss\u00e9 de 69 %, passant de 5 933 en 1979 \u00e0 1 834 en 2014, une r\u00e9ussite spectaculaire de la sant\u00e9 publique. Du point de vue des taux, il y a eu 27 d\u00e9c\u00e8s dus aux accidents de la route p. 100 000 habitants en 1960, 24,6 p. 100 000 habitants en 1976 (alors qu\u2019on adopte au Qu\u00e9bec et en Ontario une loi sur le port des ceintures de s\u00e9curit\u00e9), passant \u00e0 17,3 en 1986 (alors que la loi est en vigueur dans chaque province), et diminuant encore \u00e0 5,2 p. 100 000 habitants en 2014. Les v\u00e9hicules et les routes deviennent plus s\u00fbres : le taux de mortalit\u00e9 a chut\u00e9 de 1,57 p. 10 000 v\u00e9hicules \u00e0 moteur en 2002 \u00e0 0,67 en 2021.<\/p>\n<p style=\"padding-left: 30px;\">Source: \u00a0<a href=\"https:\/\/tc.canada.ca\/en\/road-transportation\/statistics-data\/canadian-motor-vehicle-traffic-collision-statistics-2021\">https:\/\/tc.canada.ca\/en\/road-transportation\/statistics-data\/canadian-motor-vehicle-traffic-collision-statistics-2021#<\/a><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><a id=\"responsabilite\"><\/a>Cela peut sembler \u00e9tonnant, mais l\u2019am\u00e9lioration de la sant\u00e9 n&rsquo;a pas all\u00e9g\u00e9 la t\u00e2che des m\u00e9decins et nos attentes ne cessent d&rsquo;augmenter. Le grand public s\u2019attend \u00e0 ce que de nouveaux traitements soient d\u00e9velopp\u00e9s pour gu\u00e9rir des affections auparavant intraitables. Les m\u00e9decins sont appel\u00e9s \u00e0 \u00e9largir l&rsquo;\u00e9ventail des affections qu&rsquo;ils traitent. L&rsquo;hyperactivit\u00e9 chez les enfants, l&rsquo;infertilit\u00e9, le gain de poids chez les adultes d&rsquo;\u00e2ge moyen ou les divers effets du vieillissement, entre autres, n&rsquo;\u00e9taient pas consid\u00e9r\u00e9s comme des probl\u00e8mes m\u00e9dicaux auparavant. De nos jours, ces affections sont souvent les raisons qui am\u00e8nent les patients \u00e0 consulter, et il est probable que la liste s\u2019allongera.<\/p>\n<p>Les perc\u00e9es m\u00e9dicales spectaculaires sont excitantes, mais elles soul\u00e8vent des pr\u00e9occupations. Premi\u00e8rement, on craint qu\u2019elles ne soient pas \u00e9quitables : les am\u00e9liorations de l&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 ne sont pas r\u00e9parties \u00e9galement, et des tranches identifiables de la soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9sentent toujours un \u00e9tat de sant\u00e9 inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne. Cela suscite des appels \u00e0 l&rsquo;action visant \u00e0 r\u00e9duire les IN\u00c9GALIT\u00c9S EN SANT\u00c9, dont il sera question dans le <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-i\/chapitre-2\/#_inegalites\">chapitre 2<\/a>. Deuxi\u00e8mement, les innovations th\u00e9rapeutiques nous obligent \u00e0 consid\u00e9rer les r\u00e9percussions financi\u00e8res d&rsquo;un syst\u00e8me de soins de sant\u00e9 universels subventionn\u00e9s par l&rsquo;\u00c9tat (voir le <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-iii\/chapitre-12\">chapitre 12<\/a>). Troisi\u00e8mement, l&rsquo;envergure que prennent les soins a des implications philosophiques.\u00a0<span lang=\"FR-CA\">Faire recours \u00e0 des traitements m\u00e9dicaux pour les probl\u00e8mes comme l&rsquo;ob\u00e9sit\u00e9 ou le diab\u00e8te de type II qui d\u00e9coulant dans une large mesure de nos modes de vie attire l\u2019attention sur notre responsabilit\u00e9 personnelle et sociale. <\/span>Une question pratique surgit de ces d\u00e9bats complexes : quelles affections les m\u00e9decins doivent-ils traiter (et \u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s pour traiter), et quelle devrait \u00eatre leur formation?<\/p>\n<p>Dans le but de rem\u00e9dier partiellement \u00e0 ces probl\u00e8mes, le Coll\u00e8ge royal des m\u00e9decins et chirurgiens du Canada a publi\u00e9 le cadre CanMEDS dans les ann\u00e9es 1990 afin de d\u00e9finir les comp\u00e9tences que devraient poss\u00e9der les m\u00e9decins et les r\u00f4les qu&rsquo;ils devraient ma\u00eetriser pour fournir la meilleure qualit\u00e9 de soins possible au cours du nouveau mill\u00e9naire.<sup>1<\/sup> Aujourd\u2019hui, en plus d&rsquo;\u00eatre des experts m\u00e9dicaux, les dipl\u00f4m\u00e9s en m\u00e9decine doivent \u00eatre des communicateurs, des collaborateurs, des leaders, des promoteurs de la sant\u00e9, des \u00e9rudits et des professionnels comp\u00e9tents. On est loin du m\u00e9decin en pratique priv\u00e9e d\u2019autrefois qui s&rsquo;engageait dans une relation de soins \u00e0 long terme avec chacun de ses patients; le m\u00e9decin est devenu un agent de la sant\u00e9 qui doit traiter ses patients, promouvoir de meilleures politiques, d\u00e9fendre les ressources en sant\u00e9, continuer \u00e0 apprendre et faire de la recherche.<\/p>\n<p><a id=\"_maldeff\"><\/a>Les discussions portant sur la d\u00e9limitation de la m\u00e9decine ont abouti \u00e0 une conclusion surprenante : il n&rsquo;existe aucun crit\u00e8re largement accept\u00e9 pour d\u00e9finir ce en quoi consiste une maladie. Sous la double pression de l\u2019offre (des entreprises pharmaceutiques ou des m\u00e9decins) et de la demande (des patients et de la soci\u00e9t\u00e9), nous sommes amen\u00e9s \u00e0 consid\u00e9rer de plus en plus d&rsquo;affections courantes comme des maladies. Le Viagra\u00ae a transform\u00e9 l&rsquo;impuissance (qui existe vraisemblablement depuis des milliers d&rsquo;ann\u00e9es) d&rsquo;une source d&rsquo;humiliation personnelle en un probl\u00e8me tr\u00e8s m\u00e9diatis\u00e9 contre lequel on prescrit syst\u00e9matiquement un traitement. La d\u00e9finition \u00e9largie de la maladie pr\u00e9sente \u00e0 la fois des avantages et des inconv\u00e9nients. Ivan Illich, ancien pr\u00eatre, critique social et pol\u00e9miste, a soulign\u00e9 les dangers potentiels qui s\u2019y rattachent dans ses propos sur \u00ab la soci\u00e9t\u00e9 morbide \u00bb.<\/p>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a3\">La soci\u00e9t\u00e9 morbide<\/h3>\n<div id=\"a3\" class=\"collapse\">Ivan Illich a \u00e9crit en 1976 comme suit :<br \/>\n\u00ab Chaque civilisation cr\u00e9e ses propres maladies. Ce qui dans l\u2019une est maladie peut \u00eatre anomalie chromosomique, crime, manifestation de saintet\u00e9 ou p\u00e9ch\u00e9 dans une autre. (\u2026) Dans une soci\u00e9t\u00e9 morbide pr\u00e9vaut l\u2019id\u00e9e qu\u2019une mauvaise sant\u00e9 d\u00e9finie et diagnostiqu\u00e9e est infiniment pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 toute autre forme d\u2019\u00e9tiquetage n\u00e9gatif ou \u00e0 l\u2019absence d\u2019\u00e9tiquetage tout court. Cela vaut mieux dire que d\u2019\u00eatre catalogu\u00e9 comme criminel ou comme d\u00e9viant politique, comme paresseux, comme tire-au-flanc. De plus en plus de gens savent dans leur subconscient qu\u2019ils sont fatigu\u00e9s et malades de leur travail et de leurs loisirs passifs, mais ils veulent qu\u2019on leur mente et qu\u2019on leur dise que la maladie physique les exempte de toute responsabilit\u00e9 politique et sociale. Ils veulent que leur docteur se comporte comme un homme de loi et comme un pr\u00eatre. \u00bb <sup>2, pp 654, 657<\/sup><\/div>\n<\/div>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a4\">La \u00ab non-maladie \u00bb<\/h3>\n<div id=\"a4\" class=\"collapse\">\n<p>En 2002, le <em>British Medical Journal<\/em> lance un d\u00e9bat sur les attentes \u00e0 l\u2019endroit des m\u00e9decins et la d\u00e9limitation de la m\u00e9decine. Richard Smith a recueilli des exemples de \u00ab non-maladie \u00bb et en a trouv\u00e9 pr\u00e8s de 200. Selon lui, la non-maladie est \u00ab un processus ou un probl\u00e8me humain qui, selon certains, correspond \u00e0 une affection m\u00e9dicale, mais dont les r\u00e9sultats pourraient \u00eatre plus positifs si elle n&rsquo;\u00e9tait pas d\u00e9fini ainsi \u00bb. L&rsquo;\u00e9puisement professionnel, la sensibilit\u00e9 chimique, les anomalies g\u00e9n\u00e9tiques, la s\u00e9nilit\u00e9, la solitude, les yeux poch\u00e9s, les probl\u00e8mes li\u00e9s au travail, la calvitie, les taches de rousseur et le d\u00e9calage horaire en sont des exemples.<\/p>\n<p>Smith veut souligner que la maladie est un concept fluide sans d\u00e9limitation pr\u00e9cise. Il fait remarquer divers dangers d\u00e9coulant d&rsquo;une d\u00e9finition trop inclusive de ce terme : si une personne re\u00e7oit un diagnostic de maladie et devient un patient, elle peut se voir refuser une assurance, perdre son travail, subir un traitement effractif ou \u00eatre stigmatis\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re quelconque.<sup>3<\/sup><br \/>\nLe d\u00e9bat est publi\u00e9 dans le<em> British Medical Journal<\/em> du 13 avril 2002, vol. 324, pages 859-866 et 883-907.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2><a id=\"malres\"><\/a>Maladie ressentie, maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social et maladie diagnostiqu\u00e9e<\/h2>\n<p>Pour pouvoir traiter dans le d\u00e9tail du concept de la maladie, Susser a propos\u00e9 certaines distinctions qui nous sont utiles.<sup>4<\/sup> Il a privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019expression \u00ab maladie ressentie \u00bb (<em>illness<\/em> en anglais) pour d\u00e9signer la perception subjective d&rsquo;un malaise; il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une pathologie sp\u00e9cifique, mais plut\u00f4t de l&rsquo;exp\u00e9rience subjective de la personne quant \u00e0 son \u00e9tat, par exemple l&rsquo;inconfort, la fatigue ou un malaise g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. La mani\u00e8re dont un patient signale ses sympt\u00f4mes est influenc\u00e9e par son origine culturelle, et Susser a privil\u00e9gi\u00e9 l\u2019expression \u00ab maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social \u00bb (<em>sickness<\/em>) pour d\u00e9finir les conceptions culturelles et sociales li\u00e9es aux affections de sant\u00e9 (p. ex., la crainte du cancer ou la stigmatisation associ\u00e9e \u00e0 la maladie mentale), qui, en dernier ressort, influencent la r\u00e9action du patient (voir CULTURE dans le <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/glossaire\/\">glossaire<\/a>). De m\u00eame, les conventions culturelles d\u00e9finissent la fronti\u00e8re entre la maladie et la non-maladie : on peut consid\u00e9rer la m\u00e9nopause comme un probl\u00e8me de sant\u00e9 en Am\u00e9rique du Nord, mais ses sympt\u00f4mes sont signal\u00e9s beaucoup moins souvent au Japon.<sup>5, 6<\/sup> La notion de \u00ab maladie diagnostiqu\u00e9e \u00bb (<em>disease<\/em>) d\u00e9place le point de mire vers des processus pathologiques qui peuvent ou non produire des sympt\u00f4mes et qui sous-tendent la maladie ressentie par un patient. Par exemple, un patient se plaint de fatigue et de malaise (maladie ressentie). Il juge bon de consulter un m\u00e9decin car il pense \u00eatre malade. Le m\u00e9decin peut expliquer ses sympt\u00f4mes par une maladie de la glande thyro\u00efde.<\/p>\n<p>Le \u00ab mod\u00e8le biom\u00e9dical \u00bb de la maladie domine la pens\u00e9e m\u00e9dicale depuis l&rsquo;\u00e9poque de Louis Pasteur (1822\u20131895) et la r\u00e9volution microbiologique. Ce mod\u00e8le porte principalement sur les processus pathologiques et sur la compr\u00e9hension, le diagnostic et le traitement des aspects physiques et biologiques de la maladie. Le traitement vise \u00e0 r\u00e9tablir l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 et la fonction physiologique du patient. Le diagnostic comprend l&rsquo;identification et l&rsquo;application d&rsquo;une \u00e9tiquette \u00e0 une constellation de signes et de sympt\u00f4mes qui sont, du moins en partie, compris comme \u00e9tant une structure ou un fonctionnement anormal des cellules, des organes et des syst\u00e8mes. Ce mod\u00e8le offre un fondement rationnel \u00e0 la recherche de traitements efficaces. Par exemple, le profil de douleur thoracique de Paul Richard appel\u00e9 angine de poitrine est compris biologiquement comme \u00e9tant une affection des art\u00e8res coronaires qui cause une isch\u00e9mie cardiaque. Son traitement cherche sp\u00e9cifiquement \u00e0 r\u00e9tablir la circulation coronarienne et \u00e0 r\u00e9duire l&rsquo;effort cardiaque.<\/p>\n<p>Selon les premi\u00e8res conceptions biom\u00e9dicales, une maladie \u00e9tait soit pr\u00e9sente, soit absente : l&rsquo;organisme \u00e9tait envahi ou non par une bact\u00e9rie, par exemple. Cependant, la m\u00e9decine s\u2019est mise \u00e0 traiter des affections, comme l&rsquo;hypertension, qui se caract\u00e9rise par un \u00e9cart par rapport \u00e0 des valeurs \u00ab normales \u00bb, et on ne s\u2019entend pas toujours sur la d\u00e9finition de normale. Ainsi, plut\u00f4t qu&rsquo;\u00eatre per\u00e7ues comme des \u00e9tats se distinguant qualitativement de la sant\u00e9, de nombreuses maladies doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9es comme des seuils quantitatifs sur un continuum de variabilit\u00e9 biologique (voir les diff\u00e9rentes d\u00e9finitions du concept de maladie dans Pour les mordus). L&rsquo;hypertension peut \u00eatre d&rsquo;intensit\u00e9 l\u00e9g\u00e8re, mod\u00e9r\u00e9e ou grave, ou on peut la d\u00e9finir comme une pr\u00e9-hypertension ou une hypertension de stade 1 ou 2. Les fa\u00e7ons de d\u00e9finir une valeur \u00ab normale \u00bb sont abord\u00e9es plus en d\u00e9tail au <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-ii\/chapitre-6\/#_valnormale\">chapitre 6<\/a>.<\/p>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a5\">Autres approches pour d\u00e9finir la maladie<\/h3>\n<div id=\"a5\" class=\"collapse\">\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td>Fondement de la d\u00e9finition de la \u00ab maladie \u00bb<\/td>\n<td>Commentaires<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Processus pathologiques<br \/>\n(avec ou sans sympt\u00f4mes; pouvant \u00eatre d\u00e9pist\u00e9s par imagerie diagnostique)<\/td>\n<td>\u00a0La d\u00e9finition de \u00ab pathologique \u00bb peut \u00eatre difficile \u00e0 cerner, notamment dans les cas de troubles psychologiques ou comportementaux. Quelle est la fronti\u00e8re entre normal et pathologique? On doit souvent d\u00e9finir le seuil selon l&rsquo;impact sur la fonction : voir ci-dessous.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>\u00c9tats anormaux menant \u00e0 une fonction restreinte ou alt\u00e9r\u00e9e du point de vue cellulaire ou \u00e0 des niveaux sup\u00e9rieurs<\/td>\n<td>Selon le mod\u00e8le fonctionnel, le seuil des \u00e9tats qui n\u00e9cessitent une intervention est d\u00e9fini selon son impact sur la fonction. On suppose \u00e9galement que, si la personne ne se plaint pas d\u2019une d\u00e9ficience fonctionnelle, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de s&rsquo;en faire. Par cons\u00e9quent, des affections comme une perte progressive de la vue chez les personnes \u00e2g\u00e9es pourraient ne pas \u00eatre trait\u00e9es.<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td>Maladie ressentie (<em>illness<\/em>) ou maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social (<em>sickness<\/em>) produisant des sympt\u00f4mes d\u00e9sagr\u00e9ables<\/td>\n<td>Voir note pr\u00e9c\u00e9dente. Le recours aux autres expressions (maladie ressentie ou maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social) ne s&rsquo;av\u00e8re pas tr\u00e8s utile; encore une fois, on suppose que la maladie doit produire des sympt\u00f4mes.<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p><strong>Questions de r\u00e9flexion :<\/strong><br \/>\n\u2022 En l&rsquo;absence de sympt\u00f4me, s&rsquo;agit-il d&rsquo;une maladie? Devrait-on utiliser un autre terme, p. ex., \u00ab affection \u00bb?<br \/>\n\u2022\u00a0<span lang=\"FR-CA\">Qualit\u00e9 ou quantit\u00e9? <\/span>La sant\u00e9 et la maladie sont-elles des entit\u00e9s diff\u00e9rentes ou simplement des points diff\u00e9rents d\u2019un continuum?<br \/>\n\u2022 <span lang=\"FR-CA\">Si des points diff\u00e9rents d\u2019un continuum<\/span>, doit-on laisser tomber la notion de maladie et s&rsquo;attarder uniquement aux diff\u00e9rents niveaux de sant\u00e9, passant d&rsquo;un mod\u00e8le cat\u00e9gorique \u00e0 un mod\u00e8le dimensionnel?<\/p>\n<p><strong>Suggestion<\/strong> :<br \/>\n\u2022 La maladie devrait peut-\u00eatre se d\u00e9finir en tant que processus pathologique (physique ou mental) qui, en l&rsquo;absence de traitement, donnerait lieu \u00e0 une \u00e9volution naturelle produisant des sympt\u00f4mes et nuisant au bon fonctionnement de l\u2019organisme.<br \/>\n\u2022 S\u2019il y a lieu, le vieillissement serait-il une maladie? Pas n\u00e9cessairement, \u00e9tant donn\u00e9 que plusieurs personnes vieillissent et sont toujours en sant\u00e9, bien que l\u2019\u00e2ge augmente la probabilit\u00e9 de maladies : l\u2019\u00e2ge comme facteur de risque (voir le <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-i\/chapitre-2\/#_detrisque\">chapitre 2<\/a>).<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2><a id=\"syndrome\"><\/a>Maladie ou syndrome?<\/h2>\n<p>Il se peut qu&rsquo; \u00e0 mesure qu&rsquo;on en apprend sur le fondement biologique de la maladie ressentie, elle se verra reclassifi\u00e9e comme une maladie. Par exemple, on accepte maintenant que les sensations permanentes de fatigue sont l&rsquo;affection m\u00e9dicale nomm\u00e9e \u00ab syndrome de fatigue chronique \u00bb. Lorsqu&rsquo;un m\u00e9decin identifie les plaintes d&rsquo;un patient de mani\u00e8re officielle (pose un diagnostic), ces plaintes sont justifi\u00e9es, et il se peut que le patient soit rassur\u00e9.<sup>7<\/sup> Cependant, il arrive souvent qu&rsquo;un ensemble de signes et de sympt\u00f4mes d\u00e9passe la compr\u00e9hension biom\u00e9dicale. Si l&rsquo;ensemble est courant au point de pr\u00e9senter un profil reconnu, on le nomme \u00ab\u00a0syndrome\u00a0\u00bb &#8212; un ensemble de sympt\u00f4mes qui se manifestent en m\u00eame temps, plus souvent que si seul le hasard \u00e9tait en cause. On a tendance \u00e0 apposer des \u00e9tiquettes explicatives aux maladies (\u00ab\u00a0AVC h\u00e9morragique\u00a0\u00bb), mais on appose souvent des \u00e9tiquettes purement descriptives aux syndromes (\u00ab\u00a0syndrome des jambes sans repos\u00a0\u00bb). Cependant, il arrive souvent que l&rsquo;\u00e9tiquette \u00ab\u00a0syndrome\u00a0\u00bb subsiste longtemps apr\u00e8s la d\u00e9couverte d\u2019une cause, ce qui porte \u00e0 confusion. C&rsquo;est le cas du syndrome de Down, du sida (syndrome d&rsquo;immunod\u00e9ficience acquise) et du SRAS (syndrome respiratoire aigu s\u00e9v\u00e8re). D&rsquo;autre part, le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, le syndrome du c\u00f4lon irritable et le syndrome des jambes sans repos sont toujours des affections syndromiques que les mod\u00e8les biom\u00e9dicaux classiques n&rsquo;expliquent pas efficacement.<\/p>\n<h2><a id=\"histnat\"><\/a>La maladie en tant que processus : histoire naturelle et \u00e9volution clinique<\/h2>\n<p>Depuis la r\u00e9volution intellectuelle du XIXe si\u00e8cle introduite par Koch et Pasteur, on divise le d\u00e9veloppement d&rsquo;une maladie en \u00e9tapes distinctes. Sans traitement, une maladie \u00e9voluerait en suivant une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tapes qui caract\u00e9risent son HISTOIRE NATURELLE.<span lang=\"FR-CA\">\u00a0<\/span>Lorsqu&rsquo;on a recours \u00e0 une intervention, cette derni\u00e8re modifie l&rsquo;histoire naturelle, ce qui r\u00e9sulte en une \u00c9VOLUTION CLINIQUE de l&rsquo;affection. La figure 1.1 repr\u00e9sente la sant\u00e9 et la maladie en tant que processus (plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e9tats) qui se d\u00e9roulent dans le temps selon une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tapes. La ligne pointill\u00e9e au centre du diagramme indique que la progression de la maladie peut \u00eatre interrompue \u00e0 n\u2019importe quelle \u00e9tape : souvent les cas ne passent pas par toutes les \u00e9tapes.<\/p>\n<figure id=\"attachment_354\" aria-describedby=\"caption-attachment-354\" style=\"width: 960px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-354 size-full\" src=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.1_fr.png\" alt=\"Figure 1.1 : \u00c9volution clinique d'une maladie du point du vue biom\u00e9dical\" width=\"960\" height=\"720\" srcset=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.1_fr.png 960w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.1_fr-300x225.png 300w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.1_fr-768x576.png 768w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.1_fr-624x468.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-354\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1.1 : \u00c9volution clinique d&rsquo;une maladie du point du vue biom\u00e9dical<\/figcaption><\/figure>\n<p>Apr\u00e8s contact avec un agent infectieux (ou \u00e0 la suite d&rsquo;un autre \u00e9v\u00e9nement physiopathologique), il existe un point th\u00e9orique \u00e0 partir duquel le processus de la maladie est enclench\u00e9. Les sympt\u00f4mes peuvent appara\u00eetre en quelques secondes (comme pour l&rsquo;anaphylaxie) ou m\u00eame apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es (comme pour certains cancers). Le patient peut interpr\u00e9ter ses sympt\u00f4mes comme la manifestation d&rsquo;une maladie ressentie et obtenir des soins professionnels. Peu de temps apr\u00e8s un diagnostic m\u00e9dical, le traitement est habituellement entam\u00e9, et les r\u00e9sultats \u00e0 court et \u00e0 long terme peuvent \u00eatre consign\u00e9s. Si le r\u00e9sultat est insatisfaisant ou inattendu, on peut proc\u00e9der \u00e0 un autre diagnostic de l&rsquo;affection et modifier le traitement, comme l&rsquo;indique la courbe rouge pointill\u00e9e dans la figure 1.1. Lorsqu&rsquo;on a commenc\u00e9 \u00e0 percevoir la maladie comme un processus plut\u00f4t qu&rsquo;un \u00e9tat, il a fallu de nouveaux concepts pour d\u00e9crire les \u00e9tapes de ce processus.<\/p>\n<h3><a id=\"_ICIDH\"><\/a>La s\u00e9quence des r\u00e9sultats de la maladie<\/h3>\n<p>En 1980, l&rsquo;OMS a publi\u00e9 la <em>Classification internationale des handicaps : d\u00e9ficiences, incapacit\u00e9s et d\u00e9savantages<\/em>, qui propose des termes normatifs pour d\u00e9crire les \u00e9tapes de l&rsquo;\u00e9volution clinique d&rsquo;une maladie (figure 1.2).<sup>8<\/sup> Selon cette conception, la pathologie r\u00e9sulte en une \u00ab\u00a0d\u00e9ficience\u00a0\u00bb (la d\u00e9viation de la fonction normale d&rsquo;un organe ou d&rsquo;un syst\u00e8me). Par exemple, lorsque les art\u00e8res coronaires se r\u00e9tr\u00e9cissent en pr\u00e9sence de plaque ath\u00e9roscl\u00e9rotique, sa fonction cardiaque peut faire d\u00e9faut\u00a0et le patient peut pr\u00e9senter une angine de poitrine. Les d\u00e9ficiences ne sont pas toujours per\u00e7ues par le patient. On a recours aux tests de D\u00c9PISTAGE pour d\u00e9celer celles dont le patient n&rsquo;est pas conscient.<\/p>\n<p>Une d\u00e9ficience peut mener \u00e0 une \u00ab\u00a0incapacit\u00e9\u00a0\u00bb, sans que cela soit toujours le cas. Une incapacit\u00e9 est une restriction, r\u00e9sultant d&rsquo;une d\u00e9ficience, dans l&rsquo;aptitude d&rsquo;une personne \u00e0 mener une activit\u00e9 d&rsquo;une mani\u00e8re ou dans une mesure qu&rsquo;on consid\u00e8re normale pour un \u00eatre humain. Par exemple, si le r\u00e9tr\u00e9cissement des art\u00e8res de Paul Richard lui cause une douleur thoracique et que cela g\u00eane sa capacit\u00e9 de marcher, il a une incapacit\u00e9 d\u00e9coulant d\u2019une maladie cardiaque et d\u2019une angine de poitrine. Cependant, une d\u00e9ficience peut souvent \u00eatre corrig\u00e9e (gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9decine, \u00e0 la chirurgie ou \u00e0 une proth\u00e8se). S&rsquo;il y a lieu, aucune incapacit\u00e9 n&rsquo;en d\u00e9coule.<\/p>\n<p>L&rsquo;incapacit\u00e9 peut ou non r\u00e9duire la possibilit\u00e9 que le patient puisse jouer ses r\u00f4les sociaux normaux. Par exemple, une angine grave peut emp\u00eacher une personne de travailler, entra\u00eenant des difficult\u00e9s <span lang=\"FR-CA\">\u00e9conomiques, psychologiques et sociales<\/span> li\u00e9es \u00e0 la perte de son salaire, de sa confiance en soi et de sa position sociale. Par \u00ab\u00a0handicap\u00a0\u00bb, on entend l&rsquo;impact d&rsquo;une d\u00e9ficience ou d&rsquo;une incapacit\u00e9 sur une personne, exprim\u00e9 en fonction du d\u00e9savantage qu&rsquo;elle conna\u00eet devant l&rsquo;impossibilit\u00e9 de jouer un r\u00f4le normal pour son \u00e2ge, son sexe et son groupe social ou culturel. Le handicap fait le pont entre l&rsquo;impact d&rsquo;une maladie et les r\u00f4les sociaux de la personne qui en est atteinte. Les interventions pratiques (trouver un travail de bureau \u00e0 une personne qui souffre d&rsquo;angine d&rsquo;effort ou rendre des \u00e9difices accessibles en fauteuil roulant aux personnes \u00e0 mobilit\u00e9 r\u00e9duite) peuvent emp\u00eacher qu&rsquo;une incapacit\u00e9 ne devienne un handicap. Par contre, certaines cons\u00e9quences sont plus difficiles \u00e0 \u00e9viter : un patient de 49 ans souffrant de claudication intermittente peut avoir l&rsquo;impression de d\u00e9cevoir son fils en ne participant pas au tournoi annuel p\u00e8re-fils de basketball. Les m\u00e9decins jouent un r\u00f4le social important en plaidant pour des actions visant \u00e0 r\u00e9duire les handicaps des personnes ayant une incapacit\u00e9.<a id=\"_5D\"><\/a><\/p>\n<figure id=\"attachment_357\" aria-describedby=\"caption-attachment-357\" style=\"width: 960px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-357 size-full\" src=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.2_fr.png\" alt=\"Figure 1.2 : Triade de la d\u00e9ficience, de l'incapacit\u00e9 et du handicap de l'OMS\" width=\"960\" height=\"720\" srcset=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.2_fr.png 960w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.2_fr-300x225.png 300w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.2_fr-768x576.png 768w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2017\/11\/figure1.2_fr-624x468.png 624w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-357\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1.2 : Triade de la d\u00e9ficience, de l&rsquo;incapacit\u00e9 et du handicap de l&rsquo;OMS<\/figcaption><\/figure>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a6\">La repr\u00e9sentation hi\u00e9rarchique des r\u00e9sultats de la maladie<\/h3>\n<div id=\"a6\" class=\"collapse\">\n<p>Fries \u00e9tait le premier \u00e0 proposer une autre s\u00e9quence, qu&rsquo;on nomme en anglais les cinq \u00ab D \u00bb, pour repr\u00e9senter les effets d&rsquo;un probl\u00e8me de sant\u00e9. Il \u00e9num\u00e8re plusieurs r\u00e9sultats possibles dans l&rsquo;\u00e9volution clinique d&rsquo;une maladie : l&rsquo;inconfort (<em>discomfort<\/em>), l&rsquo;incapacit\u00e9 (<em>disability<\/em>), le d\u00e9c\u00e8s (<em>death<\/em>), la toxicit\u00e9 m\u00e9dicamenteuse (<em>drug toxicity<\/em>), et le co\u00fbt des soins (<em>dollar cost of care<\/em>).<sup>9<\/sup> \u00a0D&rsquo;autres auteurs modifieront cette liste de la mani\u00e8re suivante : l&rsquo;inconfort (<em>discomfort<\/em>), la dysfonction (<em>dysfunction<\/em>), l&rsquo;incapacit\u00e9 (<em>disability<\/em>), la d\u00e9tresse (<em>distress<\/em>) et le d\u00e9c\u00e8s (<em>death<\/em>). Peu importe les termes utilis\u00e9s, le concept englobe tous les impacts qu&rsquo;une maladie peut avoir sur diff\u00e9rents patients et incite les m\u00e9decins \u00e0 ne pas s&rsquo;attarder uniquement \u00e0 la fonction physique du patient.<\/p>\n<p>On peut repr\u00e9senter les liens entre ces diverses descriptions de l&rsquo;impact de la maladie sur un axe du niveau d\u2019impact (de la fonction cellulaire \u00e0 la fonction sociale) et un axe temporel, comme l&rsquo;illustre la figure ci-dessous.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1667\" aria-describedby=\"caption-attachment-1667\" style=\"width: 666px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"wp-image-1667 size-full\" src=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3_fr.png\" alt=\"Figure 1.3: Liens entre la maladie diagnostiqu\u00e9e, la maladie ressentie, l'incapacit\u00e9, la maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social et le handicap\" width=\"666\" height=\"500\" srcset=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3_fr.png 666w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3_fr-300x225.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 666px) 100vw, 666px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1667\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1.3: Liens entre la maladie diagnostiqu\u00e9e, la maladie ressentie, l&rsquo;incapacit\u00e9, la maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social et le handicap<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3><a id=\"icf\"><\/a>La Classification internationale du fonctionnement<\/h3>\n<p>L&rsquo;incapacit\u00e9 et le handicap mettent l\u2019accent sur les cons\u00e9quences n\u00e9gatives et pourraient ne pas tenir compte du fait que bien des gens s&rsquo;adaptent tr\u00e8s efficacement \u00e0 leur \u00e9tat chronique. En 2001, l&rsquo;OMS, dans sa Classification internationale du fonctionnement ou CIF,<sup>10<\/sup> a propos\u00e9 des tournures plus positives pour d\u00e9signer les activit\u00e9s et les aptitudes. Dans cette nouvelle classification, on remplace \u00ab\u00a0incapacit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0handicap\u00a0\u00bb par \u00ab\u00a0activit\u00e9\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0participation\u00a0\u00bb, rendant la distinction entre la sant\u00e9 et la maladie encore plus floue. Cependant, la CIF fait beaucoup plus que proposer de nouveaux termes; il s&rsquo;agit d&rsquo;un syst\u00e8me de classification des \u00e9tats de sant\u00e9 qui tient compte des structures et des fonctions corporelles, et qui offre un mod\u00e8le fonctionnel de la participation sociale d&rsquo;une personne. Elle tient \u00e9galement compte des facteurs contextuels, comme le logement, le transport et le travail, qui peuvent affecter les niveaux d&rsquo;activit\u00e9; ces facteurs font partie des d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9 d\u00e9crits dans le <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-i\/chapitre-2\/#_detsoc\">chapitre 2<\/a>. Autrement dit, la fonction est per\u00e7ue comme une interaction entre l&rsquo;affection de la personne (une maladie ou une blessure) et le contexte dans lequel elle vit, y compris son milieu physique et les normes culturelles ayant trait \u00e0 la maladie.<\/p>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a7\">Concepts choisis de la CIF<\/h3>\n<div id=\"a7\" class=\"collapse\">\n<p><strong>Structures anatomiques<\/strong> : les parties du corps comme les organes, les membres et leurs composantes.<\/p>\n<p><strong>Fonctions corporelles<\/strong> : fonctions physiologiques des syst\u00e8mes corporels, y compris les fonctions psychologiques.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9ficiences<\/strong> : probl\u00e8mes dans la fonction organique ou la structure anatomique, manifest\u00e9s par un \u00e9cart ou une perte importante.<\/p>\n<p><strong>Activit\u00e9 <\/strong>: ex\u00e9cution d&rsquo;une t\u00e2che ou d&rsquo;une action par une personne.<\/p>\n<p><strong>Limitations \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 :<\/strong> difficult\u00e9s qu&rsquo;une personne peut rencontrer pour mener une activit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Participation :<\/strong> le fait de prendre part \u00e0 une situation de vie r\u00e9elle.<\/p>\n<p><strong>Restrictions de participation :<\/strong> probl\u00e8mes qu&rsquo;une personne peut rencontrer pour participer \u00e0 une situation r\u00e9elle.<\/p>\n<p><strong>Facteurs environnementaux :<\/strong> l&rsquo;environnement physique, social et attitudinal dans lequel les gens vivent et m\u00e8nent leur vie. Les \u00e9l\u00e9ments de l\u2019environnement peuvent faciliter ou entraver la r\u00e9alisation d\u2019activit\u00e9s ou la participation sociale.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"case-study\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a8\">Deux cas oppos\u00e9s<\/h3>\n<div id=\"a8\" class=\"collapse\">\n<div><span lang=\"FR\">Suite \u00e0 la visite de Paul Richard l<\/span>e D<sup>r<\/sup> Rao voit M<sup>me<\/sup> Rebikov, une femme de 86 ans qui a re\u00e7u un diagnostic de cancer du c\u00f4lon il y a six ans apr\u00e8s une occlusion intestinale. M<sup>me<\/sup> Rebikov a toujours \u00e9t\u00e9 \u00e9nergique; elle s&rsquo;est r\u00e9tablie rapidement de sa r\u00e9section intestinale et disait aimer se rendre \u00e0 Weenigo pour sa chimioth\u00e9rapie parce que cela lui permettait de bouquiner dans une bonne librairie. \u00c9tant donn\u00e9 l&rsquo;\u00e9volution du cancer de M<sup>me<\/sup> Rebikov, elle ne re\u00e7oit maintenant que des soins palliatifs. Elle relate son exp\u00e9rience du cancer dans le journal local. Le D<sup>r<\/sup> Rao ne peut s&#8217;emp\u00eacher de croire que M<sup>me<\/sup> Rebikov est en bien meilleure sant\u00e9 que Paul Richard.<\/div>\n<p>Le D<sup>r<\/sup> Rao contemple le contraste entre ses deux patients. Le simple fait de dire que chacun souffre d\u2019une maladie grave ne rend pas justice aux complexit\u00e9s. Plusieurs raisons font en sorte que la maladie de Paul a entra\u00een\u00e9 un malaise ou un handicap, alors que, chose \u00e9tonnante, la sant\u00e9 de M<sup>me<\/sup> Rebikov semble bonne, et elle arrive toujours \u00e0 \u00eatre membre \u00e0 part enti\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9, malgr\u00e9 son affection mortelle.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h2><a id=\"defsant\"><\/a>Les d\u00e9finitions de la sant\u00e9<\/h2>\n<p>La sant\u00e9 est encore plus difficile \u00e0 d\u00e9finir que la maladie, et les d\u00e9finitions ont \u00e9volu\u00e9 au fil du temps. Toujours d&rsquo;un point de vue biom\u00e9dical, les premi\u00e8res d\u00e9finitions de la sant\u00e9 portaient sur le th\u00e8me de l&rsquo;aptitude de l&rsquo;organisme \u00e0 fonctionner; on consid\u00e9rait la sant\u00e9 comme un \u00e9tat de fonctionnement normal pouvant \u00eatre perturb\u00e9 \u00e0 l&rsquo;occasion par la maladie. Voici un exemple d&rsquo;une telle d\u00e9finition : \u00ab un \u00e9tat caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique, physiologique et psychologique; la capacit\u00e9 de jouer des r\u00f4les valoris\u00e9s par l&rsquo;individu sur les plans familial, professionnel et communautaire; la capacit\u00e9 de composer avec une situation de stress physique, biologique, psychologique et social. \u00bb<sup>11<\/sup><\/p>\n<p>Puis, en 1948, l&rsquo;OMS\u00a0a r\u00e9pondu aux attentes croissantes en mati\u00e8re de sant\u00e9 et a propos\u00e9 une d\u00e9finition plus positive en \u00e9tablissant un lien entre la sant\u00e9 et le mieux-\u00eatre, comme suit : \u00ab\u00a0La sant\u00e9 est un \u00e9tat de complet mieux-\u00eatre physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en l&rsquo;absence de maladie ou d&rsquo;infirmit\u00e9.\u00a0\u00bb<sup>12<\/sup> Bien que certains aient reconnu l&rsquo;innovation et l&rsquo;enthousiasme qui sous-tendent cette d\u00e9finition, d&rsquo;autres l&rsquo;ont trouv\u00e9e vague, trop g\u00e9n\u00e9rale et non mesurable. On l\u2019a longtemps mise de c\u00f4t\u00e9, la consid\u00e9rant comme irr\u00e9aliste, et la plupart des discussions sur la sant\u00e9 se sont de nouveau fond\u00e9es sur le mod\u00e8le biom\u00e9dical, jug\u00e9 plus pratique. Ensuite, la perception de la maladie est pass\u00e9e d&rsquo;un \u00e9tat \u00e0 un processus, et ce m\u00eame changement est survenu dans les d\u00e9finitions de la sant\u00e9. L&rsquo;OMS a, une fois de plus, jou\u00e9 un r\u00f4le de premier plan lorsqu&rsquo;elle a favoris\u00e9 le d\u00e9veloppement du mouvement de promotion de la sant\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980. Cela a donn\u00e9 lieu \u00e0 une nouvelle conception de la sant\u00e9, non comme un \u00e9tat, mais comme une entit\u00e9 dynamique de capacit\u00e9 et de rendement. Autrement dit, la sant\u00e9 est une \u00ab ressource de la vie\u00a0\u00bb.<sup>13<\/sup> La d\u00e9finition de la sant\u00e9 modifi\u00e9e en 1984 par l&rsquo;OMS est la suivante : \u00ab mesure dans laquelle un groupe ou un individu peut, d&rsquo;une part, r\u00e9aliser ses ambitions et satisfaire ses besoins et, d&rsquo;autre part, \u00e9voluer avec le milieu ou s&rsquo;adapter \u00e0 celui-ci. La sant\u00e9 est donc per\u00e7ue comme une ressource de la vie quotidienne, et non comme le but de la vie; il s&rsquo;agit d&rsquo;un concept positif mettant en valeur les ressources sociales et individuelles, ainsi que les capacit\u00e9s physiques. \u00bb<sup>14<\/sup><\/p>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a9\">Regard sur l&rsquo;\u00e9volution des conceptions de la sant\u00e9<\/h3>\n<div id=\"a9\" class=\"collapse\">\n<p>En 1977, le psychiatre George Engel avance l&rsquo;id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0aptitude \u00e0 la sant\u00e9\u00a0\u00bb sous un titre plut\u00f4t lourd\u00a0: \u00ab\u00a0le mod\u00e8le biopsychosocial de la sant\u00e9\u00a0\u00bb.<sup>15<\/sup> Selon ce mod\u00e8le, la maladie est l&rsquo;ensemble des r\u00e9ponses physiologiques aux \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs environnementaux et sociaux \u00e9prouvants. Tout comme Susser, Engel consid\u00e8re la maladie selon l&rsquo;interpr\u00e9tation de ses sympt\u00f4mes par le patient. Cette interpr\u00e9tation est influenc\u00e9e par les croyances et les relations personnelles du patient, les deux \u00e9tant des composants de la sant\u00e9 (ou r\u00e9silience). Ainsi, Engel ne consid\u00e8re pas la sant\u00e9 et la maladie comme un simple continuum sur lequel se situe une personne \u00e0 un moment donn\u00e9, mais plut\u00f4t comme un type d&rsquo;interaction entre des forces oppos\u00e9es de stimulus ou de d\u00e9fis et d&rsquo;adaptation.<\/p>\n<p>Bien avant Engel et Susser, Freud avait d\u00e9fini la sant\u00e9 comme la capacit\u00e9 d&rsquo;aimer et de travailler (un point de vue qui pla\u00eet \u00e0 certains \u00e9tudiants en m\u00e9decine). Une personne qui est capable de faire ce qu&rsquo;elle veut est en sant\u00e9. Freud est ainsi l\u2019un des premiers \u00e0 passer d&rsquo;une d\u00e9finition absolue \u00e0 une d\u00e9finition relative de la sant\u00e9, en la rapprochant des notions de libert\u00e9 et de qualit\u00e9 de vie. Cette d\u00e9finition repr\u00e9sente \u00e9galement une d\u00e9viation d\u2019une perspective objective et externe de la sant\u00e9, vers une vue tenant compte de la perspective subjective de la personne.<\/p>\n<p>Un corollaire est qu&rsquo;un patient peut \u00eatre atteint d&rsquo;une maladie grave tout en se consid\u00e9rant raisonnablement en sant\u00e9 s\u2019il est toujours en mesure de faire ce qu&rsquo;il souhaite\u00a0: on peut ainsi consid\u00e9rer la sant\u00e9 selon l\u2019adaptation \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. De m\u00eame, la notion de \u00ab\u00a0vieillissement sain\u00a0\u00bb peut \u00eatre d\u00e9finie comme l\u2019adaptation d&rsquo;une personne au d\u00e9clin naturel de ses facult\u00e9s, lui assurant une vie \u00e9quilibr\u00e9e selon ses capacit\u00e9s. Le processus par lequel une personne baisse ses attentes pour s&rsquo;ajuster \u00e0 une sant\u00e9 d\u00e9croissante et maintenir ainsi sa satisfaction se nomme \u00ab\u00a0adaptation de la r\u00e9ponse\u00a0\u00bb.<sup>16<\/sup><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<h3><a id=\"mieux\"><\/a>Le mieux-\u00eatre<\/h3>\n<p>L&rsquo;introduction de ce chapitre portait sur les aspirations croissantes de la population et sur la reconceptualisation de la maladie et de la sant\u00e9 qui en d\u00e9coule. Beaucoup de praticiens y ont r\u00e9pondu en ajoutant le maintien du mieux-\u00eatre \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 positive du continuum de la sant\u00e9. Certains distinguent deux dimensions interd\u00e9pendantes : maladie\/non-maladie et mieux-\u00eatre\/mal-\u00eatre; d&rsquo;autres en distinguent plusieurs, comme les dimensions spirituelle, \u00e9motionnelle, sociale et mentale. Selon Last, le mieux-\u00eatre est \u00ab\u00a0un mot qu&rsquo;utilisent les scientifiques du comportement pour d\u00e9crire un \u00e9tat dynamique de mieux-\u00eatre physique, mental, social et spirituel qui permet \u00e0 une personne d&rsquo;atteindre son plein potentiel et de mener une vie agr\u00e9able.\u00a0\u00bb<sup>17<\/sup><\/p>\n<p>Compte tenu de la multitude de maladies \u00e0 traiter, les m\u00e9decins doivent-ils se pr\u00e9occuper du mieux-\u00eatre? La m\u00e9decine doit-elle chercher \u00e0 promouvoir des \u00e9tats de sant\u00e9 positifs? Certains universitaires font la distinction entre un syst\u00e8me de soins m\u00e9dicaux et un syst\u00e8me de soins de sant\u00e9, se fondant sur l&rsquo;argument que, pour r\u00e9duire les co\u00fbts, le financement public doit se limiter au traitement des maladies et \u00e0 la restauration de la capacit\u00e9 fonctionnelle du patient. Pour d&rsquo;autres, les activit\u00e9s comme les conseils et la sensibilisation des personnes en sant\u00e9 \u00e0 la saine alimentation et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 physique favorisent le mieux-\u00eatre et la r\u00e9silience et font ainsi partie de la pratique normale de la m\u00e9decine pr\u00e9ventive. D&rsquo;autres vont plus loin et sont d&rsquo;avis que les m\u00e9decins doivent promulguer l&rsquo;am\u00e9lioration des d\u00e9terminants de la sant\u00e9, tels que l\u2019am\u00e9lioration des conditions de travail, promouvoir le transport actif (la marche et le v\u00e9lo) plut\u00f4t que la voiture, et promulguer des politiques de redistribution du revenu. Ce qui refl\u00e8te la dimension sociale de la d\u00e9finition de sant\u00e9 de 1984 de l\u2019OMS, puis refl\u00e9t\u00e9 par les r\u00f4les du m\u00e9decin pr\u00e9sent\u00e9s sous le cadre CanMEDS. Comme les concepts de sant\u00e9 et de maladie ne cessent de s&rsquo;\u00e9largir, les m\u00e9decins seront sans doute forc\u00e9s \u00e0 ajouter \u00e0 leurs t\u00e2ches la promotion d&rsquo;\u00e9tats de sant\u00e9 positifs chez leurs patients. Conform\u00e9ment \u00e0 cette tendance, les essais cliniques des nouveaux produits pharmaceutiques doivent aussi maintenant viser l&rsquo;am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de vie, ce qui va beaucoup plus loin qu&rsquo;une simple am\u00e9lioration des indicateurs biom\u00e9dicaux de la pathologie.<\/p>\n<p><a id=\"_modelesecol\"><\/a>Les discussions portant sur le mieux-\u00eatre ont desserr\u00e9 l&#8217;emprise du mod\u00e8le biom\u00e9dical. Des mod\u00e8les \u00e9cologiques sont apparus en guise de remplacement; ces mod\u00e8les tiennent compte des interactions complexes entre les personnes, leurs caract\u00e9ristiques individuelles et l&rsquo;environnement, et de leur influence sur la sant\u00e9. Trevor Hancock donne un exemple de cette nouvelle pens\u00e9e dans son \u00ab mandala de la sant\u00e9 \u00bb<sup>18<\/sup>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un mod\u00e8le \u00e9cosyst\u00e9mique de la sant\u00e9 et de la communaut\u00e9 qui repr\u00e9sente les d\u00e9terminants de la sant\u00e9 en tant qu&rsquo;influences concentriques imbriqu\u00e9es. La personne se trouve au centre du mandala, qui fait la distinction entre le corps, l\u2019intellect et l&rsquo;esprit. Les facteurs externes sont ensuite pris en consid\u00e9ration, soit le milieu social et physique, puis les influences culturelles, \u00e9conomiques et soci\u00e9tales. Le mandala met l&rsquo;accent sur la vaste gamme de d\u00e9terminants de la sant\u00e9 et sur le besoin de tenir compte de niveaux multiples lors de l&rsquo;\u00e9laboration de strat\u00e9gies d&rsquo;am\u00e9lioration de la sant\u00e9.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1668\" aria-describedby=\"caption-attachment-1668\" style=\"width: 1305px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1668\" src=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3a_fr.jpg\" alt=\"Figure 1.3 Mandala de la sant\u00e9\" width=\"1305\" height=\"930\" srcset=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3a_fr.jpg 1305w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3a_fr-300x214.jpg 300w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3a_fr-768x547.jpg 768w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.3a_fr-1024x730.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1305px) 100vw, 1305px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1668\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1.4 Mandala de la sant\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<p>Plus pr\u00e8s de nos temps, la perspective de la sant\u00e9 globale a ajout\u00e9 d&rsquo;autres anneaux pour repr\u00e9senter les influences du climat, des processus \u00e9conomiques, des guerres, de la culture et des migrations sur la transmission rapide des maladies. (Le th\u00e8me des d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9 est trait\u00e9 en profondeur au <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-i\/chapitre-2\/#_detsoc\">chapitre 2<\/a>.) Le mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9 du PARCOURS DE VIE et des d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9 autochtone (fig. 1.5), propos\u00e9 par Reading et Wein, ajoute une dimension temporelle au mandala.<sup>19, p26<\/sup>\u00a0 Ce mod\u00e8le repr\u00e9sente les influences sur la sant\u00e9 comme un ensemble de sph\u00e8res concentriques (une coupe transversale permet de voir les sph\u00e8res internes). L&rsquo;enfance se trouve au centre, la jeunesse et l&rsquo;\u00e2ge adulte l&rsquo;entourent, et les sph\u00e8res successives repr\u00e9sentent d&rsquo;autres d\u00e9terminants. Les sph\u00e8res internes sont divis\u00e9es selon les aspects mental, physique, \u00e9motionnel et spirituel de la sant\u00e9.<sup>19, p26<\/sup><\/p>\n<figure id=\"attachment_1669\" aria-describedby=\"caption-attachment-1669\" style=\"width: 1500px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-1669\" src=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.4_fr.jpg\" alt=\"Figure 1.4. Mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9 du parcours de vie et des d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9 autochtone19 \" width=\"1500\" height=\"1125\" srcset=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.4_fr.jpg 1500w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.4_fr-300x225.jpg 300w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.4_fr-768x576.jpg 768w, https:\/\/phprimer.afmc.ca\/wp-content\/uploads\/2018\/03\/figure1.4_fr-1024x768.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1500px) 100vw, 1500px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1669\" class=\"wp-caption-text\">Figure 1.5. Mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9 du parcours de vie et des d\u00e9terminants sociaux de la sant\u00e9 autochtone<sup>19<\/sup><\/figcaption><\/figure>\n<h3><a id=\"indigenous\"><\/a>La sant\u00e9 spirituelle et les traditions de gu\u00e9rison indig\u00e8nes au Canada<\/h3>\n<p>En s\u2019\u00e9largissant, les conceptions de la sant\u00e9 ont remis en question la tradition occidentale cart\u00e9sienne de s\u00e9paration du corps et de l\u2019esprit (voir \u00ab\u00a0Descartes \u00bb dans Pour les mordus). Les difficult\u00e9s de traiter les conditions mentales ont amen\u00e9 certains \u00e0 consid\u00e9rer des traditions m\u00e9dicales d&rsquo;autres cultures. Celles-ci se concentrent beaucoup plus sur la gu\u00e9rison que sur le traitement, et dirigent notre attention sur l&rsquo;esprit du patient en plus de son corps. La sant\u00e9 spirituelle peut se manifester par une sensation de paix, d&rsquo;espoir, de motivation, d&rsquo;engagement ou de valeur. Certaines personnes d\u00e9veloppent leur spiritualit\u00e9 dans le cadre d&rsquo;une pratique religieuse, alors que d&rsquo;autres le font en renouant avec leurs valeurs, la nature, l&rsquo;art ou la musique. Un m\u00e9decin qui reconna\u00eet la pertinence de la sant\u00e9 spirituelle pourrait \u00eatre mieux en mesure d&rsquo;appuyer ses patients, de contribuer \u00e0 leur impression de paix, de confort, de force, d&rsquo;amour ou d&rsquo;interrelation afin d&rsquo;am\u00e9liorer leur sensation de mieux-\u00eatre.<sup>20<\/sup> \u00a0Par exemple, la chimiod\u00e9pendance est de plus en plus trait\u00e9e comme un probl\u00e8me aux dimensions biologiques, psychologiques, sociales et spirituelles.\u00a0<a id=\"Descartes\"><\/a><\/p>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a10\">Descartes<\/h3>\n<div id=\"a10\" class=\"collapse\">Avant le math\u00e9maticien et philosophe fran\u00e7ais Ren\u00e9 Descartes (1596\u20131650), les explications du monde observ\u00e9 se fondaient sur un m\u00e9lange de croyances religieuses et d&rsquo;interpr\u00e9tations d\u2019observations souvent biais\u00e9es. Descartes est l&rsquo;un des premiers \u00e0 adopter le doute m\u00e9thodique qui caract\u00e9rise la science moderne. Il rejette d\u2019embl\u00e9e toutes les id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues et les croyances. La science doit consid\u00e9rer uniquement ce qui est observable, et \u00ab\u00a0l\u2019esprit\u00a0\u00bb ne l\u2019est pas. Selon Descartes, nous ne pouvons pas compter sur nos sens pour nous fournir des informations pr\u00e9cises. Il propose donc une division rigide entre l\u2019esprit et le corps : le dualisme cart\u00e9sien.<\/div>\n<\/div>\n<p>Certains enseignements vont \u00e0 l\u2019encontre de la pens\u00e9e cart\u00e9sienne, par exemple ceux des Premi\u00e8res nations, des Inuits et des M\u00e9tis; ces peuples reconnaissent depuis longtemps les autres dimensions, non physiques, de la sant\u00e9.<sup>21, 22<\/sup> \u00a0Ces traditions se fondent sur une approche \u00e9cologique vaste et consid\u00e8rent la sant\u00e9 comme l\u2019\u00e9quilibre entre les dimensions spirituelle, \u00e9motionnelle, physique et mentale de la personne. La gu\u00e9rison est possible gr\u00e2ce \u00e0 un r\u00e9tablissement de l&rsquo;\u00e9quilibre\u00a0entre les quatre domaines de la sant\u00e9 (spirituel, \u00e9motionnel, mental et physique). Les relations de gu\u00e9rison se fondent sur le respect, l&rsquo;humilit\u00e9, la compassion, la v\u00e9rit\u00e9, le partage, l&rsquo;hospitalit\u00e9 et l&rsquo;amour divin.<sup>23<\/sup> Ces id\u00e9es sont symbolis\u00e9es de diverses fa\u00e7ons par diff\u00e9rents groupes indig\u00e8nes\u00a0: par la roue de la m\u00e9decine, le symbole de la \u00ab\u00a0couverture d&rsquo;apprentissage\u00a0\u00bb ou l\u2019arbre de l&rsquo;apprentissage tout au long de la vie des M\u00e9tis (voir l\u2019illustration).<sup>24<\/sup><\/p>\n<div class=\"illustrative\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a11\"><span lang=\"FR-CA\">M\u00e9taphores autochtones de la sant\u00e9<\/span><\/h3>\n<div id=\"a11\" class=\"collapse\">\n<p>Pour la plupart des Premi\u00e8res Nations, la roue de la m\u00e9decine symbolise l\u2019interd\u00e9pendance de tous les organismes vivants, les cycles de la nature et le parcours circulaire de la vie (on en trouve des images sur Internet).<\/p>\n<p>Les quatre quadrants repr\u00e9sentent plusieurs id\u00e9es :<\/p>\n<p>1) Les quatre points cardinaux et leurs quatre esprits-guides symbolisent les stades de la vie. L&rsquo;est, le lieu de naissance quotidien du soleil, repr\u00e9sente les premi\u00e8res ann\u00e9es de vie. Le sud repr\u00e9sente l&rsquo;enfance et la croissance intellectuelle. L&rsquo;ouest symbolise l&rsquo;\u00e2ge adulte et l&rsquo;introspection, tandis que le nord repr\u00e9sente le quatri\u00e8me \u00e2ge, la sagesse et les aspects spirituels de la vie. Le centre de la roue est l&rsquo;axe de la Terre m\u00e8re et du Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p>2) Les points cardinaux peuvent \u00e9galement repr\u00e9senter l\u2019\u00e9quilibre entre les quatre aspects de la sant\u00e9\u00a0: la sant\u00e9 spirituelle (l&rsquo;est), la sant\u00e9 \u00e9motionnelle (le sud), la sant\u00e9 physique (l&rsquo;ouest) et la sant\u00e9 mentale (le nord).<\/p>\n<p>3) La roue peut signifier le processus d\u00e9cisionnel. Les valeurs (repr\u00e9sent\u00e9es par l&rsquo;est, o\u00f9 se l\u00e8ve le soleil) guident les d\u00e9cisions dans le domaine mental (situ\u00e9 au nord, dans la partie sup\u00e9rieure de la roue). Les d\u00e9cisions sont ensuite mises en \u0153uvre dans le domaine physique (l&rsquo;ouest), et les actions produisent des r\u00e9actions dans le domaine \u00e9motionnel (le sud). Ces r\u00e9actions affectent le syst\u00e8me de valeurs, compl\u00e9tant la boucle de la valeur, de la d\u00e9cision, de l\u2019action et de l\u2019\u00e9valuation.<\/p>\n<p>4) La roue peut repr\u00e9senter les quatre m\u00e9dicaments sacr\u00e9s :<\/p>\n<p>Le tabac (l&rsquo;est) est r\u00e9v\u00e9r\u00e9 car il fait le pont entre la personne et le monde des esprits; il absorbe les pri\u00e8res, les porte vers le monde spirituel et remercie le Cr\u00e9ateur de ses cadeaux.<\/p>\n<p>On utilise le c\u00e8dre (le sud) pour purifier et, en tisane, pour attirer de l&rsquo;\u00e9nergie et des \u00e9motions positives et retrouver l\u2019\u00e9quilibre. Sa teneur en vitamine C a aid\u00e9 \u00e0 pr\u00e9venir le scorbut lorsque les fruits et les l\u00e9gumes n&rsquo;\u00e9taient pas disponibles pendant les mois d&rsquo;hiver.<\/p>\n<p>La sauge (l&rsquo;ouest) est un m\u00e9dicament pour les femmes, apportant force, sagesse et lucidit\u00e9. On retrouve la sauge tress\u00e9e et suspendue dans les foyers; la tresse \u00e0 trois m\u00e8ches repr\u00e9sente le corps, l&rsquo;intellect et l&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>Le foin d&rsquo;odeur (le nord) est utilis\u00e9 pour la purification rituelle.<\/p>\n<p><strong>La couverture d&rsquo;apprentissage des Inuits<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une couverture color\u00e9e et circulaire avec des repr\u00e9sentations de la vie inuite qui symbolisent les sources d&rsquo;apprentissage et les domaines de savoir \u2014 la culture, les autres et la force de vie qui d\u00e9coule de la relation que les Inuits entretiennent depuis longtemps avec leur environnement. Chacune de ces sources est repr\u00e9sent\u00e9e sur la couverture par une image de la vie inuite. La forme circulaire de la couverture repr\u00e9sente l&rsquo;interd\u00e9pendance de tous les organismes vivants et le cycle continu de la vie, de la mort et du renouveau qui lie le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et l&rsquo;avenir. Plusieurs images du mod\u00e8le de la couverture se trouvent sur Internet.<\/p>\n<p><strong>Le Mod\u00e8le de l\u2019apprentissage holistique tout au long de la vie chez les M\u00e9tis<\/strong><\/p>\n<p>Diverses conceptions de la sant\u00e9 et du mieux-\u00eatre sont accept\u00e9es chez les M\u00e9tis. Certains per\u00e7oivent la vie comme un processus d&rsquo;apprentissage faisant partie d&rsquo;un syst\u00e8me vivant et r\u00e9g\u00e9n\u00e9rateur, d\u2019un ordre naturel qui peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9 par une for\u00eat. Les racines de chaque arbre repr\u00e9sentent la sant\u00e9 et le mieux-\u00eatre de la personne, nourrissant son apprentissage tout au long de la vie. Le tronc contient les anneaux de croissance, au centre desquels se trouve la sant\u00e9 spirituelle. Ces anneaux \u00e9voluent au cours de la vie \u00e0 mesure que d&rsquo;autres anneaux viennent s&rsquo;ajouter chaque ann\u00e9e. Les branches repr\u00e9sentent les diff\u00e9rentes sources de ce savoir : le soi, les autres, la terre et les traditions.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>L&rsquo;Association des m\u00e9decins indig\u00e8nes du Canada (AMIC) et l&rsquo;Association des facult\u00e9s de m\u00e9decine du Canada (AFMC), reconnaissant la pertinence des concepts indig\u00e8nes de la sant\u00e9 et de la gu\u00e9rison, ont \u00e9labor\u00e9 des normes de comp\u00e9tence pour les \u00e9tudiants en m\u00e9decine qui travaillent aupr\u00e8s de patients des Premi\u00e8res nations, inuits et m\u00e9tis. Ces comp\u00e9tences s\u2019articulent autour des r\u00f4les du m\u00e9decin dans le programme CanMEDS; elles sont con\u00e7ues pour apprendre aux \u00e9tudiants \u00e0 avoir des pratiques saines sur le plan culturel lorsqu&rsquo;ils travaillent aupr\u00e8s de patients des Premi\u00e8res nations, des Inuits et M\u00e9tis. Les Comp\u00e9tences essentielles en mati\u00e8re de sant\u00e9 des Inuits, des M\u00e9tis et des Premi\u00e8res nations sont disponibles sur le site <a href=\"https:\/\/www.afmc.ca\/fr\/\u00e9ducation-m\u00e9dicale\/besoins-en-sant\u00e9-autochtone\">Web de l&rsquo;AFMC<\/a>.<\/p>\n<h3><a id=\"intmed\"><\/a>La m\u00e9decine int\u00e9grative<\/h3>\n<p>La m\u00e9decine occidentale contemporaine est de plus en plus confront\u00e9e \u00e0 des perspectives et des traitements qui ne font pas partie de la panoplie allopathique classique (voir \u00ab La m\u00e9decine allopathique \u00bb dans Pour les mordus). On a propos\u00e9, entre autres, l&rsquo;approche de la m\u00e9decine int\u00e9grative<sup>25<\/sup>\u00a0pour unir les approches biom\u00e9dicales et d&rsquo;autres traditions de gu\u00e9rison, y compris les rem\u00e8des \u00e0 base de plantes m\u00e9dicinales, les interventions manuelles comme la massoth\u00e9rapie ou la chiropratique, et les pratiques \u00e0 la fois physiques et mentales, comme l&rsquo;hypnose. De m\u00eame, le Coll\u00e8ge canadien de m\u00e9decine naturopathique offre une formation aux m\u00e9decins naturopathes qui emploient des traitements naturels en plus des m\u00e9thodes diagnostiques traditionnelles de la m\u00e9decine allopathique.<\/p>\n<div class=\"nerds-corner\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#a12\">La m\u00e9decine allopathique<\/h3>\n<div id=\"a12\" class=\"collapse\">\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s pr\u00e9-scientifiques, la m\u00e9decine se fonde sur un m\u00e9lange de magie, de religion et de rem\u00e8des populaires. Au Moyen-\u00c2ge en Europe, la magie et la superstition perdent peu \u00e0 peu de leur importance, et la m\u00e9decine cherche \u00e0 se red\u00e9finir. On veut qu\u2019elle se base sur des principes actifs qui impressionneraient les patients et remplaceraient les incantations et l&rsquo;encens, d\u00e9nigr\u00e9s par les sceptiques. La r\u00e9ponse choisie, que l&rsquo;on nommera beaucoup plus tard \u00ab\u00a0allopathie\u00a0\u00bb, existait d\u00e9j\u00e0 environ un si\u00e8cle av. J.-C. au Moyen-Orient. L&rsquo;id\u00e9e est simple : lorsque le fonctionnement du corps s&rsquo;\u00e9loigne de la norme, le m\u00e9decin doit tenter de r\u00e9tablir la fonction normale. Si un homme fait de la fi\u00e8vre, on diminue sa temp\u00e9rature corporelle; s&rsquo;il est constip\u00e9, on lui administre un laxatif. On croit que les maladies sont caus\u00e9es par des toxines qu\u2019il faut \u00e9liminer. Cela m\u00e8ne \u00e0 des traitements comme les saignements, les sangsues, les lavements et les purges. Les interventions sont souvent dures. Moli\u00e8re les d\u00e9peint cyniquement dans l&rsquo;une de ses pi\u00e8ces \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une m\u00e9taphore de guerre : les patients combattent la maladie, les m\u00e9decins font la guerre aux pathog\u00e8nes, et patients et m\u00e9decins s&rsquo;allient pour lutter contre le cancer. Notons qu&rsquo;en fran\u00e7ais, on d\u00e9signe les autres traitements (non allopathiques) par l\u2019expression \u00ab\u00a0m\u00e9decine douce\u00a0\u00bb. On attribue l&rsquo;invention du terme \u00ab\u00a0allopathie\u00a0\u00bb \u00e0 Samuel Hahnemann, le fondateur de l&rsquo;hom\u00e9opathie. Alors que l&rsquo;allopathie sous-entend une opposition aux sympt\u00f4mes de la maladie, l&rsquo;hom\u00e9opathie suppose une collaboration avec la maladie en encourageant le corps \u00e0 produire des d\u00e9fenses naturelles (p. ex., immunitaires).<\/p>\n<p>Pendant un certain temps au milieu du xix<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, l&rsquo;hom\u00e9opathie (traitement par similitude) fait concurrence \u00e0 l&rsquo;approche allopathique, mais le d\u00e9veloppement de la th\u00e9orie des germes donne une base scientifique \u00e0 de nombreux rem\u00e8des allopathiques. Cependant, d\u00e8s le milieu du xx<sup>e<\/sup>\u00a0si\u00e8cle, un d\u00e9senchantement s&rsquo;installe\u00a0: les h\u00f4pitaux sont toujours bond\u00e9s et les listes d&rsquo;attente sont longues malgr\u00e9 les perc\u00e9es dans \u00ab\u00a0la conqu\u00eate des maladies infectieuses\u00a0\u00bb. La demande croissante de soins d\u00e9coule possiblement de la perception de leur efficacit\u00e9, mais la m\u00e9decine allopathique est victime de son succ\u00e8s\u00a0: conjugu\u00e9e \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration des conditions sociales, elle permet \u00e0 la population de vivre assez longtemps pour souffrir de maladies d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, contre lesquelles l&rsquo;approche allopathique s&rsquo;av\u00e8re moins efficace. En outre, l&rsquo;approche allopathique a des cons\u00e9quences non souhaitables, dont la croissance rapide des co\u00fbts et le grand nombre de personnes atteintes de troubles iatrog\u00e8nes.<sup>2<\/sup> Les rem\u00e8des allopathiques sont souvent tr\u00e8s efficaces, mais un nombre croissant de praticiens empruntent des approches non\u00a0allopathiques en acceptant que le meilleur traitement consiste parfois \u00e0 r\u00e9tablir l&rsquo;\u00e9quilibre dans la vie du patient en s&rsquo;assurant qu&rsquo;il dort suffisamment, qu\u2019il fait de l&rsquo;exercice et qu\u2019il s&rsquo;alimente sainement, tout simplement.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>La conception de la m\u00e9decine int\u00e9grative propos\u00e9e par Rakel and Weil demande une capacit\u00e9\u00a0 de la part du m\u00e9decin \u00ab\u00a0\u00e0 mieux comprendre la culture, les croyances et le mode de vie du patient\u00a0\u00bb pour y \u00ab\u00a0apporter les modifications n\u00e9cessaires au comportement dans le but d&rsquo;am\u00e9liorer la sant\u00e9.\u00a0\u00bb Cela signifie comprendre les d\u00e9terminants sous-jacents de la sant\u00e9 et la mani\u00e8re dont ils peuvent \u00eatre modifi\u00e9s au moyen des outils li\u00e9s au changement du comportement et \u00e0 la sant\u00e9 publique et de la population. Selon Rakel et Weil, \u00ab\u00a0La m\u00e9decine int\u00e9grative veille \u00e0 diriger les efforts de la m\u00e9decine vers la gu\u00e9rison, plut\u00f4t que vers la maladie. Elle n\u00e9cessite ainsi une compr\u00e9hension des influences de l&rsquo;intellect, de l&rsquo;esprit et de la communaut\u00e9, ainsi que du corps. Le fournisseur cherche \u00e0 mieux comprendre la culture, les croyances et le mode de vie du patient afin d&rsquo;\u00eatre en mesure d&rsquo;apporter les modifications n\u00e9cessaires au comportement dans le but d&rsquo;am\u00e9liorer la sant\u00e9.\u00a0\u00bb<sup>25, p6<\/sup> \u00a0Ces notions forment le th\u00e8me central du <a href=\"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/partie-i\/chapitre-3\/\">chapitre 3<\/a>.<\/p>\n<h1>Questions \u00e0 l\u2019\u00e9tude<\/h1>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q1\">1. Comment la d\u00e9finition de la sant\u00e9 de l&rsquo;Organisation mondiale de la Sant\u00e9 a-t-elle \u00e9volu\u00e9 au fil du temps?<\/h3>\n<div id=\"q1\" class=\"collapse\">Le changement principal a \u00e9t\u00e9 le passage d&rsquo;un \u00ab \u00e9tat de mieux-\u00eatre \u00bb, qui semblait un peu statique, \u00e0 \u00ab\u00a0une ressource de la vie quotidienne\u00a0\u00bb, d\u00e9finissant la sant\u00e9 comme la capacit\u00e9 d\u2019affronter les difficult\u00e9s.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q2\">2. Quelles sont les dimensions principales de la sant\u00e9?<\/h3>\n<div id=\"q2\" class=\"collapse\">On s&rsquo;entend g\u00e9n\u00e9ralement sur le fait que la sant\u00e9 a une dimension physique, mentale et sociale. La dimension sociale est plus difficile \u00e0 d\u00e9crire que les autres; elle d\u00e9signe souvent la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9tablir et de maintenir des liens sociaux et d&rsquo;interagir efficacement avec les autres. Certains auteurs incluent aussi la dimension spirituelle (\u00eatre \u00e0 l&rsquo;aise avec son destin ou en paix avec soi-m\u00eame).<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q3\">3. Nommez une diff\u00e9rence entre la d\u00e9finition biom\u00e9dicale classique de la sant\u00e9 et la conception traditionnelle autochtone d&rsquo;un groupe indig\u00e8ne avec lequel vous \u00eates familier.<\/h3>\n<div id=\"q3\" class=\"collapse\">R\u00e9ponses possibles : la conception autochtone comprend la dimension spirituelle; par contre, l\u2019approche biom\u00e9dicale accorde la priorit\u00e9 \u00e0 la pathologie et \u00e0 la maladie plut\u00f4t qu&rsquo;aux aspects positifs du mieux-\u00eatre; elle accorde la priorit\u00e9 au traitement de la maladie plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 la gu\u00e9rison de la personne; elle tente d\u2019\u00e9liminer les pathog\u00e8nes plut\u00f4t que d\u2019amener le patient \u00e0 retrouver l&rsquo;\u00e9quilibre, etc.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q4\">4. Faites la distinction entre la maladie ressentie et la maladie diagnostiqu\u00e9e.<\/h3>\n<div id=\"q4\" class=\"collapse\">C\u2019est une question de perspective : l&rsquo;exp\u00e9rience du patient comparativement \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation des sympt\u00f4mes et des signes.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q5\">5. \u00c9num\u00e9rez les niveaux auxquels les environnements sociaux affectent la sant\u00e9 dans le mod\u00e8le \u00e9cologique.<\/h3>\n<div id=\"q5\" class=\"collapse\">Une repr\u00e9sentation courante est un rayonnement de cercles concentriques \u00e0 partir de la personne : les membres de la famille et les proches (qui influencent les sentiments et les comportements); le contexte professionnel ou scolaire (qui peut \u00eatre une source de stress); la communaut\u00e9, la province et la r\u00e9gion (qui influencent la qualit\u00e9 des soins re\u00e7us); la nation (qui r\u00e9git les grands enjeux comme la guerre ou le changement climatique); et le niveau mondial (les grandes tendances climatiques ou migratoires, qui peuvent affecter la sant\u00e9 par la transmission de maladies infectieuses, par exemple).<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q6\">6. Qu\u2019est-ce que le comportement li\u00e9 \u00e0 la maladie?<\/h3>\n<div id=\"q6\" class=\"collapse\">Les diverses r\u00e9actions d&rsquo;un patient \u00e0 sa perception d&rsquo;\u00eatre malade, y compris s\u2019il a recours ou non \u00e0 des soins et s\u2019il suit les recommandations du m\u00e9decin. Ces r\u00e9actions varient en fonction de la culture et de la personnalit\u00e9 : la r\u00e9ponse de chaque patient est diff\u00e9rente!<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"self-test\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#q7\">7. Indiquez comment la culture d&rsquo;une personne peut affecter sa strat\u00e9gie d\u2019acc\u00e8s aux soins de sant\u00e9.<\/h3>\n<div id=\"q7\" class=\"collapse\">Premi\u00e8rement, chaque culture con\u00e7oit diff\u00e9remment la maladie. Deuxi\u00e8mement, chaque culture diff\u00e8re quand \u00e0 la r\u00e9ponse appropri\u00e9e aux sympt\u00f4mes (fait-il prendre des m\u00e9dicaments ou non? suivre les conseils d&rsquo;un m\u00e9decin ou d&rsquo;une grand-m\u00e8re?). Troisi\u00e8mement, la r\u00e9action \u00e9motive au diagnostic diff\u00e8re selon la culture. Quatri\u00e8mement, il y a des diff\u00e9rences culturelles dans l&rsquo;acceptation de diff\u00e9rentes formes de traitement, parfois m\u00eame de syst\u00e8mes m\u00e9dicaux tout entiers : l&rsquo;acupuncture ou l&rsquo;\u00c2yurveda comparativement \u00e0 la m\u00e9decine occidentale, par exemple.<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"reflection-questions\">\n<h3 class=\"btn btn-more\" data-toggle=\"collapse\" data-target=\"#reflectionquestions\">Questions de r\u00e9flexion<\/h3>\n<div id=\"reflectionquestions\" class=\"collapse\">1. Comment d\u00e9finiriez-vous la sant\u00e9?<br \/>\n2. Comment sauriez-vous si une personne est en sant\u00e9 ou non?<br \/>\n3. Si un pathog\u00e8ne est \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat latent dans l&rsquo;organisme (par exemple, le virus de l&rsquo;herp\u00e8s), la personne est-elle malade? S&rsquo;agit-il d&rsquo;une maladie uniquement lorsque les sympt\u00f4mes apparaissent (par exemple, le zona)?<br \/>\n4. Selon vous, quelle est la diff\u00e9rence entre une maladie et une blessure?<br \/>\n5. O\u00f9 se situe la fronti\u00e8re entre la libert\u00e9 de vivre comme on le souhaite et la responsabilit\u00e9 de mener une vie saine? On peut respecter le droit de chaque personne \u00e0 agir d&rsquo;une mani\u00e8re qui nuit \u00e0 sa sant\u00e9, mais tous les contribuables acquittent les factures m\u00e9dicales d\u00e9coulant de ce comportement. Chacun de nous assume le co\u00fbt de ce manque \u00e0 gagner; l\u2019argent de nos taxes aurait pu \u00eatre d\u00e9pens\u00e9 pour des ressources dont plus de gens auraient profit\u00e9.<br \/>\n6. La d\u00e9pendance est de plus en plus per\u00e7ue comme une maladie. Devons-nous excuser le comportement antisocial d&rsquo;un toxicomane parce qu&rsquo;il souffre d&rsquo;un probl\u00e8me m\u00e9dical?<br \/>\n7. Que feriez-vous pour mesurer votre approche devant un patient dont le mode de vie est la cause de ses troubles m\u00e9dicaux : y a-t-il un juste milieu entre le tenir enti\u00e8rement responsable de son destin et rejeter cette notion par peur de \u00ab condamner la victime \u00bb?<br \/>\n8. Comment les environnements sociaux affectent-ils la sant\u00e9 d&rsquo;une personne? Donnez des exemples. Faites de m\u00eame pour les environnements urbains.<br \/>\n9. Dans les ann\u00e9es 1950, Talcott Parsons a d\u00e9crit le \u00ab r\u00f4le de malade \u00bb, qui comprenait selon lui plusieurs comportements acceptables chez une personne malade, mais non chez une personne en bonne sant\u00e9 : rester au lit plut\u00f4t qu&rsquo;aller travailler, avoir ses repas pr\u00e9par\u00e9s par une autre personne, etc. Selon vous, quels comportements sont appropri\u00e9s pour une personne malade de nos jours? Dans quelle mesure pourraient-ils varier en fonction des strates socio\u00e9conomiques et des groupes culturels?<br \/>\n10. Si un m\u00e9dicament contre la polyarthrite rhumato\u00efde diminue la vitesse de s\u00e9dimentation ou le facteur rhumato\u00efde, mais n\u2019a pas d\u2019effets d\u00e9celables sur la qualit\u00e9 de vie des personnes qui le prennent, s&rsquo;agit-il d&rsquo;un m\u00e9dicament efficace?<\/div>\n<\/div>\n<h1>Bibliographie<\/h1>\n<ol>\n<li>Coll\u00e8ge royal des m\u00e9decins et chirurgiens du Canada. Le Cadre de comp\u00e9tences CanMEDS pour les m\u00e9decins Ottawa: Coll\u00e8ge royal des m\u00e9decins et chirurgiens du Canada; 2009 [cit\u00e9 en janvier 2016]. Disponible ici : <a href=\"http:\/\/www.royalcollege.ca\/portal\/page\/portal\/rc\/canmeds\">http:\/\/www.royalcollege.ca\/portal\/page\/portal\/rc\/canmeds<\/a>.<\/li>\n<li>Illich I. N\u00e9m\u00e9sis m\u00e9dicale, Oeuvres compl\u00e8tes. Paris: Fayard; 1975, 2003.<\/li>\n<li>Smith R. Non-disease. Br Med J. 2002;324:883-5.<\/li>\n<li>Susser MW. Causal thinking in the health sciences. New York: Oxford University Press; 1973.<\/li>\n<li>Lock M, Kaufer P, Gilbert P. Cultural construction of the menopausal syndrome: the Japanese case. Maturitas. 1988;10:317-32.<\/li>\n<li>Melby MK, Lock M, Kaufert P. Culture and symptom reporting at menopause. Hum Reprod Update. 2005;11(5):495-512.<\/li>\n<li>Wessely S. Pros and cons of medicalisation. Br Med J. 2002;324:912.<\/li>\n<li>Organisation mondiale de la sant\u00e9. International classification of impairments, disabilities and handicaps. Gen\u00e8ve : OMS; 1980.<\/li>\n<li>Fries JF. The hierarchy of outcome assessment. J Rheum. 1993;20:546-7.<\/li>\n<li>Organisation mondiale de la sant\u00e9. International classification of functioning, disability, and health. Gen\u00e8ve: OMS; 2001.<\/li>\n<li>Stokes J, Noren J, Shindell S. Definition of terms and concepts applicable to clinical preventive medicine. J Community Health. 1982;8:33-41.<\/li>\n<li>Organisation mondiale de la sant\u00e9. The first ten years of the World Health Organization. Gen\u00e8ve: OMS; 1948.<\/li>\n<li>Organisation mondiale de la sant\u00e9. Charte d&rsquo;Ottawa pour la promotion de la sant\u00e9, 1986 Gen\u00e8ve: Organisation mondiale de la sant\u00e9; 1986 [cit\u00e9 en janvier 2016]. Disponible ici : <a href=\"http:\/\/www.euro.who.int\/fr\/publications\/policy-documents\/ottawa-charter-for-health-promotion,-1986\">http:\/\/www.euro.who.int\/fr\/publications\/policy-documents\/ottawa-charter-for-health-promotion,-1986<\/a>.<\/li>\n<li>Organisation mondiale de la sant\u00e9. Health promotion: a discussion document on the concept and principles Copenhagen: OMS; 1984 [cit\u00e9 en janvier 2016]. Disponible ici : <a href=\"http:\/\/apps.who.int\/iris\/bitstream\/10665\/107835\/1\/E90607.pdf\">http:\/\/apps.who.int\/iris\/bitstream\/10665\/107835\/1\/E90607.pdf<\/a>.<\/li>\n<li>Engel GL. The need for a new medical model: a challenge for biomedicine. Science. 1977;196:129-36.<\/li>\n<li>Schwartz CE, Bode R, Repucci N, Becker J, Sprangers MAG, Fayers PM. The clinical significance of adaptation to changing health: a meta-analysis of response shift. Qual Life Res. 2006;15:1533-50.<\/li>\n<li>Last JM. A dictionary of public health. New York: Oxford University Press; 2007.<\/li>\n<li>Hancock T. Health, human development and the community ecosystem: three ecological models. Health Promotion Int. 1993;8(1):41-7.<\/li>\n<li>Reading CL, Wein F. Health inequalities and social determinants of Aboriginal people&rsquo;s health. Disponible ici : <a href=\"http:\/\/www.ahrnets.ca\/NCCAH-report-LoppieWein-download(1)%5B1%5D.pdf2009\">http:\/\/www.ahrnets.ca\/NCCAH-report-LoppieWein-download(1)%5B1%5D.pdf2009<\/a>.<\/li>\n<li>FamilyDoctor.org. Spirituality and health 2000 [May 2015]. Disponible ici : <a href=\"http:\/\/familydoctor.org\/familydoctor\/en\/prevention-wellness\/emotional-wellbeing\/mental-health\/spirituality-and-health.printerview.html\">http:\/\/familydoctor.org\/familydoctor\/en\/prevention-wellness\/emotional-wellbeing\/mental-health\/spirituality-and-health.printerview.html<\/a>.<\/li>\n<li>Turton CL. Ways of knowing about health: an Aboriginal perspective. Adv Nurs Sci. 1997;19(3):23-36.<\/li>\n<li>Maher P. A review of &lsquo;traditional&rsquo; Aboriginal health beliefs. Aust J Rural Health. 1999;7(4):229-36.<\/li>\n<li>Hunter LM, Logan J, Goulet JG, Barton S. Aboriginal healing: regaining balance and culture. J Transcult Nurs. 2006;17(1):13-22.<\/li>\n<li>Warne D. Traditional perspectives on child and family health. Paediatr Child Health. 2005;10:542.<\/li>\n<li>Rakel D, Weil A. Philosophy of integrative medicine. In: Rakel D, editor. Integrative medicine. Philadelphia: WB Saunders; 2003.<\/li>\n<\/ol>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir achev\u00e9 ce chapitre, le lecteur sera en mesure : 1. de d\u00e9crire l&rsquo;\u00e9volution de la port\u00e9e de la m\u00e9decine contemporaine; 2. de d\u00e9finir et de d\u00e9crire les concepts de la sant\u00e9, du mieux-\u00eatre, de la maladie ressentie (illness), de la maladie diagnostiqu\u00e9e (disease) et de la maladie en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne social (sickness); [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"parent":1238,"menu_order":1,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":{"footnotes":""},"class_list":["post-1222","page","type-page","status-publish","hentry"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1222","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1222"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1222\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4451,"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1222\/revisions\/4451"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/1238"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/phprimer.afmc.ca\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1222"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}